Asperge et laitue : les vers françois du poème de Lanniron

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F. de Coetlogon - ©Public domain F. de Coetlogon - ©Public domain
Château de Lanniron Château François de Coëtlogon

Eté comme hiver

Lanniron a toujours été la résidence des évêques de Quimper, été comme hiver. Au XVe siècle, Mgr de Rosmadec (ah, une grande famille qu’on retrouve au manoir du Plessis-Josso) fait construire un nouveau château.

Lui et ses successeurs n'auront de cesse de chercher à agrandir leurs possessions, allant même jusqu'à empiéter sur les bourgs alentours, détruisant des maisons pour y installer confortablement leur domaine. Lanniron devient ainsi un véritable « palais » pour les évêques qui y installent bientôt leur espace de travail, leur chapelle ainsi qu'une orangerie.

Un poème pour Lanniron

Au XVIIe siècle, François de Coëtlogon fait aménager les jardins. Tout près des bords tranquilles de l'Odet, il faut voir toute cette cascade de terrasses qui dégringole vers la rivière ! 5 bassins ornent chacune d'entre elle. C’est lui, François, l’évêque qui va faire de Lanniron le petit Versailles qu’on a aujourd’hui devant les yeux.

Il adore l’art, les belles et bonnes choses, les jardins... voilà son petit chef-d’œuvre ! Qui ne passe pas inaperçu : en 1690, un médecin vannetais du nom de Nicolas de Bonnecamp compose un poème sur les jardins, Les jardins de Lanniron décrits en vers françois. 432 vers plus précisément !

« Que Lanniron me plaît ! Et que ses avenues, Pour leur rare beauté, méritent d'être vues : c'est l'ouvrage achevé d'un illustre Prélat, De qui ce lieu charmant emprunte son éclat : Tout y brille par lui, puisque par sa présence, Qui sert à ses jardins d'une douce influence, On voit naître les fleurs, on voit mûrir les fruits... »

Bon, dans son poème, Bonnecamp a la fâcheuse tendance de cirer un poil trop les pompes de l’évêque... oh, rien de bien méchant... en plus, ça nous permet d’imaginer Lanniron au XVIIe siècle ! Il décrit le « charmant château, Où rien n'est de plus propre, où rien n'est de plus beau ».

Le « long canal d'eaux, Où l'on voit promener le plus blanc des oiseaux : Le cygne, mesurant cet élément liquide, Tantôt d'un cours plus lent, et tantôt plus rapide, Suivi de cent canards qui nagent sur ses pas, Qui plaisent mieux ici qu'ils ne font aux repas, Semble imiter son maître en la cérémonie D'une troupe qui suit et lui fait compagnie. »

Brugnons et salsifis

On cultive pleins de choses, sur le domaine !

« La Pêche et l'Abricot, la Poire et le Brignon (brugnon, ndlr), Le Damas (prune, ndlr), le Muscat, le ferme Perdrigon (variété de prune, ndlr), A l'envi font sentir à la main qui les touche, Qu'ils peuvent plaire au goût de la plus fine bouche. »

On y cultive aussi des iris, violettes, jasmins, muguets, mais aussi les « douceurs de Langeais », ce melon qui ne « fait jamais mal » et « dont le goût nous touche avec ravissement et le nez et la bouche. » Des vignes venues de La Ciotat, des asperges, des artichauts, « le piquant salsifis, la royale laitue » complètent l’ensemble... Et la mer, toute proche !

« Quel plaisir de la voir dans ses hautes marées Rouler à gros bouillons ses ondes azurées, Courir après soi-même et, ses flots étant las, Avec la même ardeur retourner sur ses pas ! »


Et encore !