Après le rêve américain, le destin tragique du comte d'Estaing

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Estaing - ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain Estaing - ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain
Château de Ravel Château Destin tragique Révolution Française

Devinez qui naît ici, au château de Ravel, en 1729... un héros de l'Indépendance américaine, j'ai nommé l’amiral Charles-Henri-Hector d’Estaing !

Les d'Estaing

Le château de Ravel entre dans le giron de la famille de l'amiral avec le mariage de Jean d'Estaing et Claude de Combourcier, en 1647.

Une très ancienne et grande famille originaire de la région, les d'Estaing : saviez-vous qu'un autre de leur château (éponyme) se trouve en Aveyron ?

Ce sont eux qui transforment petit à petit la vieille forteresse féodale en maison confortable : jardins à la française, grandes pièces avec boiseries et parquets... le château actuel, en somme !

Pour l'indépendance des Etats-Unis !

Et l’amiral, alors ?? Il s'engage très jeune dans l'armée de terre, en tant que lieutenant d'infanterie.

Mais lui, ce qui le botte, c'est la marine !

Il s'engage, sert aux Indes en 1757 (où les Anglais le font prisonnier 2 fois), avant qu'on le nomme lieutenant général des armées navales en 1763, puis vice-amiral en 1778.

Il quitte alors Toulon avec une trentaine de navires, aux côtés du célèbre La Fayette, combattre en Amérique : la voilà, c'est la guerre d'Indépendance !

D'Estaing y brille par son génie militaire : mais ses nombreuses promotions, trop rapides (dues à son rang ?), agacent ses collègues de la Marine...

D'Estaing et la Révolution

Une fois rentré au bercail, on le nomme commandant de la garde nationale de Versailles, puis amiral.

Jusqu'où ira-t-il... Heu, oui, mais on est en 1792... Ré-vo-lu-tion !!!

Un temps où il ne fait pas bon être noble. D'autant plus que le môssieur se laisse séduire par les idées révolutionnaires !

Malgré tout, d'Estaing a toujours cherché à rester loyal au roi. Républicain mais loyal envers son roi, mhh : il n’a pas tranché, quoi.

Beaucoup d'historiens lui reprochent ceci : d'avoir eu (pardonnez-moi l'expression), le cul entre deux chaises !

« Détesté des officiers de vaisseau, haï pour sa démagogie, peu aimé des Révolutionnaires, il mourut comme il avait vécu, en homme de contradictions. »

(Dictionnaire d'histoire maritime, M. Vergé-Franceschi, éd Laffont, 2002)

La mort de l'amiral

Entre les idées révolutionnaires et sa fidélité au roi, d'Estaing tangue, chavire... sans jamais choisir.

Les révolutionnaires tranchent pour lui : il est noble, il doit de toute façon mourir...

En 1793, d'Estaing se fait arrêter dans son hôtel particulier parisien.

Traduit devant le tribunal révolutionnaire, se sachant perdu, il lance (avec panache) : « Quand vous aurez fait tomber ma tête, envoyez-la aux Anglais, ils vous la payeront cher. »

On l'inhume dans un cimetière parisien depuis longtemps disparu : il repose aujourd’hui au milieu des milliers d'ossements que comptent les célèbres Catacombes de Paris…

Pas d'héritier... mais une demi-soeur favorite du roi !

D'Estaing meurt sans héritier... son fils unique fait une chute mortelle d’un des balcons du château.

Ravel revient alors à la demi-sœur de l'amiral... une des maîtresses de Louis XV !

1795. Une dame engoncée dans sa robe sombre vient de poser ses valises dans le hall du château de Ravel.

Son regard triste se promène un peu partout, jusqu’à ce qu’un gros soupir lui échappe.

Elle, c’est Lucie-Madeleine d'Estaing, la demi-sœur de l’amiral d’Estaing. Oui, ils ont le même papa, un papa qui a eu cette fille illégitime avec Madeleine de Mirfond.

Et aujourd’hui, la voilà qui s’installe à Ravel après la mort de son frère sur l’échafaud révolutionnaire.

Vous le saviez, que Lucie était aussi une maîtresse de Louis XV ? Le roi la rencontre en 1760, elle a 17 ans.

Et aussitôt, leur liaison commence. Oui, ils ont deux filles ensemble : Agnès et Aphrodite. Officiellement reconnues... ? L’histoire ne le dit pas.


Et encore !