Antonin Nompar de Caumont, duc de Lauzun : son histoire incroyable en 9 étapes !

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Lauzun - ©Internet Archive Book Images / Public domain Lauzun - ©Internet Archive Book Images / Public domain
Château de Lauzun Château Antonin Nompar de Caumont

Ce tout petit cadet de Gascogne naît ici, au château de Lauzun, en 1633.

Sans titre, ni fortune, attention !

Il a les dents longues à rayer les parquets de Versailles, de l’ambition à revendre !

Portrait en 9 étapes de ce chaud lapin à la vie pleine d’aventures.

1 - Sa famille a des origines légendaires

On ne roule pas sur l’or, chez les Nompar de Caumont. Mais on est issu de la noblesse.

La famille des Caumont remonte aux croisades, et même, dit la légende, à un copain d’Hercule (voui, celui des 12 travaux) !

Caumont (c’est son nom) devient le compagnon d’Hercule, le suit en Espagne puis fonde Agen et le château de Caumont, dans le Gers.

Nompar fait référence à une autre légende : un ancêtre qui combat deux géants sarrasins. Balèze !

L'exploit lui vaut le nom de Non pareil, plus tard abrégé en Nompar...

2 - Lauzun est un cadet de Gascogne

Cadet de Gascogne ? C'est un des nombreux régiments des troupes de Louis XIII.

Une tradition chez la noblesse du Gers, de mettre leurs cadets au service du roi, créant ainsi la compagnie des cadets !

Le plus célèbre ? Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan... le mousquetaire !

Cadet, à la base, vient du gascon capdet (« chef »). Après quoi il désigne l’enfant né après l’aîné !

Lauzun, lui, est le cadet d'une fratrie de 8 enfants.

3 - Du piston pour monter à Versailles

La famille de Caumont n'a pas un rond, mais elle a des relations, pour faire monter le petit Antonin à la capitale.

Le piston s'appelle maréchal de Gramont, un cousin qui le prend sous son aile.

Charles Perrault dit de lui « qu'à lui seul il paraissait toute la Cour »... vous voyez le genre !

Lauzun débarque à Versailles avec son insolence et son aplomb sous le bras. Sa manière de vanner sèchement les gens, sa répartie cinglante plaisent illico à Louis XIV !

Il le nomme gouverneur du Berry, maréchal de camp et colonel des dragons, rien que ça. Ca ne fait que commencer !

4 - Il traite la maîtresse du roi de « pute à chien »

Savoir tenir un secret...

En 1669, le roi promet à Lauzun la charge de grand maître de l’artillerie de France (du lourd). En ajoutant de tenir le secret jusqu’à la révélation...

Tu parles, Charles.

Tout émoustillé, Lauzun s’en vante ! Le bruit arrive aux oreilles du ministre Louvois, qui hait Lauzun.

Il fait tout pour convaincre le roi de renoncer à lui donner la charge (le mufle).

Louis fait la moue. Et décide de punir Lauzun de l'avoir ouverte, en décidant de ne prendre aucune décision.

Histoire de le faire mariner !

Hop, sous le lit du roi !

Alors Lauzun, pendant ce temps ? Il ne comprend pas le silence du roi ! Il veut avoir une explication, non mais ! Savoir d'où vient ce revirement !

Il fait alors un truc d'un culot énoooorme...

Il se glisse un soir sous le lit du roi et de sa maîtresse, La Montespan, pour écouter leur conversation !

Il l'entend dire à Louis qu'il a bien fait de ne pas lui avoir donné la charge...

L'insulte suprême

Quelques jours plus tard, croisant Mme de Montespan dans les couloirs de Versailles, Lauzun la fixe d'un oeil noir et la traite d'un tonitruant... « pute à chien ».

La dame choquée, manque de faire un malaise !

Le roi le convoque : Lauzun, au lieu de s’excuser, l’ouvre plus grand que d'habitude et piaille que tout ça, c’est à cause de la charge qu’on ne lui a pas donnée.

Le ton monte, Lauzun, rouge de colère, finit par briser son épée devant le roi, na : celui-ci balance sa canne par la fenêtre, pour ne pas avoir « à frapper un gentilhomme »...

Zou, Lauzun écope de quelques jours à la Bastille !

5 – Un chaud lapin (et un sacré goujat)

Lauzun fait fondre les dames comme des sorbets sous une canicule d’enfer : il a un terrible sex-appeal, et il le sait !

Môssieur collectionne les aventures d’un soir, et dans la vie comme en amour, ne recule devant rien.

Tenez : il tombe amoureux de sa cousine, Catherine de Gramont. Les ragots disent que c'est réciproque et que son mari, le prince de Monaco, a des cornes. Bref !

La dame couche avec le roi, aussi.

Et ça, Lauzun ne le supporte pas : un jour, il enferme Louis XIV à double tour dans le cabinet où il attendait sa maîtresse, obligé de lui faire la causette à travers la porte…

Lauzun se vengera aussi de Catherine : un jour qu’elle se repose assise sur le parquet pour se rafraîchir, il lui écrase la main avec son talon !

6 - Un mariage avec la plus grosse fortune d'Europe

La chose la plus étourdissante

Et un jour... Lauzun drague la Grande Mademoiselle. La plus grosse fortune d’Europe, comme par hasard !

Elle s'appelle Anne-Marie-Louise d’Orléans, petite-fille d’Henri IV et cousine de Louis XIV. Elle a 43 ans.

Une rebelle, qui tient tête à son père et au roi quand il s’agit de mariage ! Mais là, elle tombe amoureuse. Mince.

D’où l’effarement de tous, quand elle annonce ses noces avec Lauzun.

Surtout Mme de Sévigné, qui écrit le 15 décembre 1670 l’annonce la plus longue de la littérature française :

« Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus digne d'envie... »

Prison et muflerie

Un mariage impossible, bien sûr : un trop grand fossé social sépare les deux amants.

Lauzun s'en fout : il l’épouse secrètement, sans l'accord du roi, en 1671.

Ca va lui coûter cher ! 10 ans de prison.

La Grande Demoiselle fait tout pour le faire sortir : elle donne une partie de sa fortune au fils naturel de Louis XIV, le duc du Maine, et promet d’en faire son héritier.

Une fois sorti, Lauzun se lassera vite de bobonne. Le goujat ira jusqu’à la mépriser (« Petite-fille d’Henri IV, enlève-moi mes bottes », lui lance-t-il un jour, après la chasse).

Ils se séparent vers 1684.

7 - Au trou à Pignerol

Et voilà. Ce mariage vaut à Lauzun 10 ans de trou au fort de Pignerol, dans le Piémont.

Et encore une fois, il s'y fait remarquer... à cause de sa grande gueule !

Lauzun arrive aussi à accéder à la cellule du célèbre Nicolas Fouquet, à l'étage du dessus, en creusant le sol.

Il vient lui raconter sa vie, toutes les nuits, pendant des heures !

Au total, il s’évade 3 fois de Pignerol, la 3e en creusa sa cheminée.

Erreur de calcul de sa part, car il débouche dans celle de chez son voisin du dessus… Fouquet !

8 – Dernier coup d’éclat

Sorti de 10 ans de prison, Lauzun compte bien revenir dans les petits papiers du roi.

Comment ?

Il file en l'Angleterre, alors en pleine révolution, et fait passer en France, avec succès, le roi catholique Jacques II, flanqué dehors par les protestants.

Ouf ! Louis XIV fait du comté de Lauzun un duché et les Anglais le décorent du « l’ordre très noble de la Jarretière »...

9 - 47 ans de différence !

En 1695, Lauzun a 62 ans, mais plus toutes ses dents. Il épouse Geneviève de Durfort... jeune fille de 15 ans !

Geneviève ne se résigne à ce mariage arrangé que parce qu’elle pense que son vieux mari va bientôt passer l’arme à gauche.

Tu parles ! Il meurt 28 ans plus tard, en 1723... à 90 ans !


Et encore !