Anne de Bretagne et la biche morte : l'humour macabre du seigneur de Tournemire

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Le château - ©MFSG / WikimediaCommons / CC-BY-SA Le château - ©MFSG / WikimediaCommons / CC-BY-SA
Château de la Hunaudaye Château Enlèvement Festivités Anne de Bretagne

Le château reçoit la visite de la duchesse Anne de Bretagne, en 1505. Imaginez, au milieu des bois, l’effervescence et la joie animer les vieilles pierres froides du château ! On rôtit, on moud, on s’active dans les cuisines, on installe les tréteaux dans la grande salle... jamais on n’avait vu ça, avant, ici !

Le Journal d'Olivier de la Roche (le chroniqueur des Tournemire) raconte les fêtes et le festin :

« Le soir étant proche, et chevauchant la Reine à travers la forêt, voilà que deux hommes ayant peaux de loups sur eux, à ses pieds amènent biche enchaînée à son grand déplaisir et malheur. Puis, étant arrivée au château, trouva ladite Reine table dressée en la cour, et valets tout à l’entour tenant flambeaux pour éclairer. Et la dite table était couverte de vases, coupes d’or et d’argent, ayant vin fort bon jusqu’aux bords.

Et en plus fut couverte par 4 fois de 36 plats contenant viandes en abondance. Entre autre fut apporté en grande vénération par 8 écuyers, veau entier tenant lui sur ses jambes par artifice, bien assaisonné dans le dedans, et ayant pomme d’orange dans la bouche. Et quand paru ledit plat, trompettes sonnèrent si hautement que semblaient les trous en branler. En voyant ledit veau, chacun voulut en avoir sa part. »

Et le lendemain du festin, Anne se faisait capturer par le seigneur de la Hunaudaye, « son aimé et féal cousin » comme dit La Roche. Pris par les « gardes des bois » du seigneur de Tournemire, « il dit avoir ce privilège que quelque personne passant par les dits bois, sans son congé, est à sa volonté de le confisquer corps et bien. »

Mais, est-ce pour ça que la veille il avait fait déguiser ses hommes en loups, et apporter la biche morte devant Anne ? Un avant-goût (plutôt noir) de ce qu’il l’attendait... Heureusement, le sieur la traite bien et demande sa rançon, puisqu’il en a le droit ! Non mais...


Et encore !