6 anecdotes sur le Trône et sa barrière des Fermiers Généraux

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Un des pavillons - ©Mbzt / CC-BY-SA Un des pavillons - ©Mbzt / CC-BY-SA
Barrière du Trône de Paris Rue Quartier Claude-Nicolas Ledoux

La place de la Nation, ancienne place du Trône, abrite toujours deux vestiges de l'ancien mur des Fermiers généraux… deux pavillons d'octroi !

1 - Le mur des Fermiers généraux, késaco ?

La barrière du Trône faisait partie du mur d'enceinte des Fermiers Généraux.

Un mur construit juste avant la Révolution et détruit en 1860, qui suit le tracé des boulevards périphériques actuels.

Son but ? Percevoir une taxe sur les marchandises qui entrent dans la ville de Paris.

Ca s’appelle l’octroi : à la différence du péage qui est un droit perçu sur le passage de personnes, l’octroi est un prélèvement sur les marchandises, en général les plus rentables, comme le vin !

Et la Ferme générale ? Elle a été créée par Colbert, le ministre de Louis XIV, en 1680 !

Une Ferme générale pour laquelle travaillent les fermiers généraux, de riches notables issus de la bourgeoisie : ils collectent gabelle et autre impôt, perçoivent de l’argent sur la marchandise qui passe.

Ils en gardent une partie, mais doivent en reverser au roi.

2 - Les barrières

Les 60 passages ouverts dans le mur de 25 km de long s’appellent « barrières », toutes flanquées de leur « bureau d’octroi ».

Ces bâtiments de formes et de tailles variées portent le nom de propylées, du nom de la porte d'entrée menant à un sanctuaire, dans la Grèce antique.

Une appellation pompeuse, qui doit en imposer !

3 - Ledoux et la barrière du Trône

Pour la barrière du Trône, on doit les deux pavillons carrés (les fameux bureaux) et les deux colonnes doriques hautes de 30 m à l'architecte Claude-Nicolas Ledoux, en 1788.

C’est lui qui réalise toutes les autres barrières aménagées autour de Paris, d’ailleurs...

Au départ, Ledoux avait prévu de mettre les colonnes sur les pavillons d'octroi.

Les statues dorées surmontant les colonnes ne datent pas de cette époque, non ! On les a ajoutées sous Louis-Philippe, en 1841 : elles représentent Philippe Auguste et Louis IX (réalisées par Etex et Dumont).

4 - Les murmures du mur !

Les Parisiens en ont vite marre, de ces barrières... Gérées par des bourgeois s'enrichissant sur leur dos, elles alimentent la grogne pré-révolutionnaire.

Tenez : les pavillons sont pour Bachaumont « des monuments d'esclavage et de despotisme » (Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la republique des lettres en France, 1786)

Circulent alors ces vers anonymes, un peu partout en ville : « Pour augmenter son numéraire et raccourcir notre horizon, la ferme a jugé nécessaire de mettre Paris en prison. »

Ou le célèbre « Le mur murant Paris rend Paris murmurant », signé Beaumarchais...

5 - Des fraudes incroyables !

Avant la construction du mur, dit Dictionnaire topographique et historique de l'ancien Paris (Frederic Lock, 1860), on avait de bêtes barrières en bois flanquées de bureaux faits en planches de traviole.

Le tout posé sur des roues, afin que les receveurs puissent se déplacer facilement de barrières en barrières.

Un système précaire, qui n’empêche pas la fraude, qui à l’époque est monstrueuse !

Le Tableau de Paris (Sébastien Mercier, 1853) raconte :

• une prétendue nourrice essaie de passer avec des seins en fer-blanc remplis d’eau-de-vie ;

• un goutteux se présente avec des jambes rembourrées pleine de contrebande ;

• un marchand de vin fait passer sa liqueur sous une des barrières, jusque dans des tonneaux, par 200 pieds (60 m) de tuyaux de fer-blanc !

Il fallait trouver autre chose. D’où la naissance du mur d’enceinte, en 1784 !

6 – 4 barrières existent encore aujourd’hui

Finalement, le 1er mai 1791, on abolit le mur et ses droits d’entrée.

Mais il faut attendre les grands travaux d’Haussmann, en 1860, pour que le mur et ses barrières tombent complètement.

Sur les 60 barrières, on en compte 4 encore debout :

• la barrière du Trône (place de la Nation) ;

• la rotonde de la Villette (place de la Bataille-de-Stalingrad) ;

• la barrière d’Enfer (place Denfert-Rochereau) ;

• la rotonde de la barrière de Chartres (parc Monceau).


Et encore !