4 choses à savoir sur Restif de la Bretonne, le hibou graphomane des nuits parisiennes

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Restif de La Bretonne • Le graffiti de la place des Vosges - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Restif de La Bretonne • Le graffiti de la place des Vosges - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Place des Vosges Rue Quartier

Connaissez-vous Nicolas Restif de la Bretonne ?

L’écrivain tagueur. Le provincial qui grave l’histoire de ses amours sur les pierres de l’île de la Cité et des environs. Anxieux, obsessif : écrire, c’est une drogue. Un besoin vital.

De toutes ses inscriptions parisiennes, une seule a survécu : celle de la place des Vosges !

1 - Restif souffre de graphomanie

Nicolas Restif de la Bretonne ? L’ouvrier typographe d’Auxerre, l'écrivain né au fin fond de l’Yonne, fils de riches paysans bourguignons.

Il a pris l’habitude de tout noter. Ses pensées, tout. Une obsession. Un besoin maladif. Sa bouffée d’oxygène, vous comprenez ? Mieux ! Sa bouée de sauvetage. Son but ? On va l’écouter...

« L’avenir est pour moi un gouffre profond, effrayant, que je n’ose sonder ; mais je fais comme les gens qui craignent l’eau ; j’y jette une pierre. J'écris : « Que penserai-je, dans un an, à pareil jour, à pareille heure ? »

Cette pensée me chatouille. Et comme presque tous les jours sont des anniversaires de quelque trait noté, toutes les journées amènent une jouissance nouvelle.

Je me dis : « M’y voilà donc, à cet avenir dont je n’aurais osé soulever le voile ! Il est à présent. Je le vois. Tout à l’heure, il sera passé ! »

Je savoure le présent ; ensuite je me reporte vers le passé ; je jouis de ce qui est comme de ce qui n’est plus, et si mon âme est dans une disposition convenable, je jette dans l’avenir une nouvelle pierre, que le fleuve du temps doit, en s’écoulant, laisser à sec à son tour…

Voilà quelle est la raison de mes dates, toujours exactes dans mes cahiers, et de celles que je fais encore tous les jours. »

(Monsieur Nicolas, 1796)

Oulààà... saviez-vous que ce toc bizarre, c’est grave, docteur ? Une maladie ! Terrible ! On appelle ça graphorrhée ou graphomanie. L’envie irrépressible d’écrire, sur quelque support que ce soit, avec le premier outil qui passe sous la main.

Cinglé, Restif ? Non, anxieux. Il se rassure avec ses écrits. Un rituel, quoi !

2 - Restif a publié 240 bouquins

Nicolas a 33 ans quand il publie son premier roman, La famille vertueuse (1767). Mais sur les 240 livres qu’il écrit (quand je vous disais que le gars était graphomane), seul Le paysan perverti fait un tabac, en 1775.

Il a ensuite l’idée de compiler tous ses graffitis dans Mes inscriptions (1780).

Suivent Les Nuits de Paris (1786) : recueil des impressions de Restif le noctambule qui se balade dans le Paris d’avant la Révolution. Car Restif, c’est le chroniqueur du petit peuple de Paris, de ses rues plongées dans les ténèbres, avec ses voyous, des prostituées, ses cabarets...

Oh, un bouquin passionnant, je vous le recommande ! Tellement intime, vrai et authentique ! Ca se lit comme des petites nouvelles. Avec des titres qui en disent long : L’aveugle éclairé, Enlèvement de filles, La femme et le monstre, L’homme cousu...

3 - L'île St-Louis était remplie de ses graffitis

Aujourd'hui, le seul rescapé des graffiti de Restif se trouve sur un pilier des galeries de la place des Vosges, au niveau du n° 11. Mais c'est toute l'île Saint-Louis qui regorgeait de ses tags ! Hop, on va le suivre...

Le tout premier graffiti

La première fois que Nicolas en grave un dans la pierre, c'est la nuit du 24 août 1776, sur le Pont-Marie, alors qu'il rentre d'un dîner chez une dame. Il se rend compte qu'il a perdu ses clés, arrive sur l'île Saint-Louis, et décide de graver son histoire quelque part sur l'île.

Un stylet pour graver

Il recommence, une, deux, 10 fois. Ca frise à obsession ! Restif se sert de clés, au début. Puis il se confectionne un genre de stylet avec une pointe en fer forgé, bien plus pratique !

Quand sa femme le quitte en 1780, il écrit Abiit hodie monstrum (« le monstre est parti aujourd'hui »).

Son histoire avec Sara

En 1781, il a une aventure avec Sara Debée (la fille de sa logeuse rue de Bièvre), une jeune fille qu'il considère au départ comme sa fille (Sara filia écrit-il sur un des ponts de l'île Saint-Louis). Elle a 16 ans... lui 45 !

Mais la relation prend bientôt une autre tournure.

• Quelques jours après, il grave Data tota, felix (« donnée complètement, heureux ») une fois sa petite affaire consommée.

• Ils se disputent, il lui fait des cadeaux, nous donne les prix (charmant), Solv. orgeat et glac. (« j’ai payé l’orgeat et les glaces »), Coena ad belved (« soupé sur les boulevards »).

• Puis mi-décembre : Sex menses cum Sara boni, et sex mali (« Six bons mois avec Sara, six mauvais. »)

Son histoire avec Sara lui inspire La Dernière aventure d'un homme de quarante-cinq ans (1783).

4 - Restif se fait embaucher par la police

Restif a 65 ans, en 1798, quand il se fait embaucher par la Police pour 4000 francs par mois : on se dit que ses balades de nuit n’y sont pas pour rien... A-t-il fait office de mouchard, d’informateur ?

En tout cas, on le recrute dans le service des « lettres interceptées » (celles des émigrés et des suspects anti Révolution).

D’ailleurs, dans Les Nuits de Paris, fait troublant, il se balade en uniforme bleu (celui de la police) avec bâton et armes...


Et encore !