26 janvier 1855. Le poète Gérard de Nerval retrouvé pendu rue de la Vieille-Lanterne

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Monument à G. de Nerval, square de la tour St-Jacques - ©LPLT / WikimediaCommons / CC-BY-SA Monument à G. de Nerval, square de la tour St-Jacques - ©LPLT / WikimediaCommons / CC-BY-SA
Tour Saint-Jacques Jardin

« Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé, Le prince d'Aquitaine à la tour abolie. Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé Porte le soleil noir de la mélancolie. »

Un extrait des Chimères, signées Gérard de Nerval, dans le square de la tour Saint-Jacques, ça vous étonne ? Moi aussi.

Aussi j’ai mené ma p’tite enquête. Pour découvrir que le poète romantique s’est suicidé à deux pas de là, en janvier 1855, dans une rue noire comme l’enfer...

Un drame rue de la Vieille-Lanterne

Le petit square qui s’étend au pied de la tour Saint-Jacques a été le tout premier crée à Paris, en 1836.

On y voit entre autre un monument à la mémoire du poète Gérard de Nerval... qui s’est suicidé sur la place voisine et actuelle du Châtelet, dans la petite rue aujourd’hui disparue de la Vieille-Lanterne.

Retrouvé pendu à la grille du n°4 de cette ruelle miteuse, un petit matin glacial du 26 janvier 1855. Il avait 47 ans.

Découverte macabre

Oh, il a toujours été un peu dingo, Gérard… Un Gérard (Labrunie de son vrai nom) qui souffrait depuis des années déjà d'hallus en tout genre et de délire profond.

On lit dans le bouquin Gérard de Nerval d'Alfred Delvau (1865) que quelques secondes après la découverte du corps dans la ruelle de la Vieille-Lanterne, la foule s'amasse. Chacun y va de son commentaire, mais on oublie complètement de vérifier si Gérard s'est loupé ou pas.

Aah, regardez… sa main ! Elle bouge ! Mais personne ne fait gaffe.

Et quand on se décide enfin à aller chercher un toubib, c'est trop tard. On lui fait une saignée abondante, mais rien. On avait perdu trop de temps. Gérard Labrunie, le poète maudit, venait juste de mourir.

Pas d'échappatoire dans cette nuit noire et blanche

L'enquête conclue à un suicide, mais les journaux de l’époque crient à l'assassinat : peut-être une vengeance des francs-maçons, dont il avait révélé les secrets dans son Voyage en Orient, dit le Guide de Paris mystérieux (éd Tchou) ?

Elément troublant qui fait penser à une mise en scène : Gérard a son chapeau sur la tête. Or, dans les derniers soubresauts provoqués par la strangulation, il aurait dû logiquement tomber par terre...

La thèse du suicide reste, pourtant. Rapport au mot énigmatique qu'il envoie à sa tante la veille de sa mort : « Ne m'attends pas ce soir. La nuit sera noire et blanche. »

Et qui dit suicide dit impossibilité de se faire enterrer chrétiennement… La solution ? Que le célèbre docteur Blanche, son médecin, dise à l'archevêque de Paris que Gérard ne possédait plus toute sa tête quand il a mis fin à ses jours...


Et encore !