1694, Fontainebleau : découvrez la lettre scatologique de Madame Palatine !

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La Palatine - ©Wikimedia Commons • Sophie de Hanovre - ©Stockholm Nationalmuseum / Public domain La Palatine - ©Wikimedia Commons • Sophie de Hanovre - ©Stockholm Nationalmuseum / Public domain
Château de Fontainebleau Château Madame Palatine

Amis de la poésie, bonjour ! Ames sensibles, comment vous dire... passez votre chemin !

La célèbre Palatine, belle-sœur de Louis XIV, arrière-grand-mère de Marie-Antoinette, se plaint dans cette lettre à sa tante Sophie des incommodités du château de Fontainebleau...

La Palatine à Fontainebleau

La Palatine ? L’épouse du frangin gay de Louis XIV, l’arrière-grand-mère de Marie-Antoinette, l’épistolière de folie, auteur de plus de 60 000 lettres, qui nous plongent dans le quotidien de Versailles au XVIIe s. Un régal !

Mais en 1694, La Palatine n’est plus la bienvenue au château de Versailles.

Pourquoi ? Elle hait l’épouse de Louis XIV, Mme de Maintenon, et elle le fait savoir haut et fort !

Ce qui ne plaît pas au vieux roi, dont ce sera la dernière compagne, quand même.

Alors hop, il envoie la Teutonne rondouillarde prendre l’air au château de Fontainebleau.

Ce qui n’est pas du goût de la Palatine !

Un château sans rien… pour se soulager

Elle se met à écrire à sa tante chérie, Sophie de Bohême, princesse de Hanovre.

La lettre en question date du 9 octobre 1694. Elle se plaint de la rusticité du château. Qui a été le château de François Ier, il en a vu des choses, niveau anecdotes, mais bon !

L’Allemande forte en gueule fait la tronche et le château, il faut bien l’avouer, est carrément inconfortable. Pas même des petits coins pour se soulager !

« Vous êtes bien heureuse d’aller chier quand vous voulez. Chiez donc tout votre chien de soûl. Nous n’en sommes pas de même ici, où je suis obligée de garder mon étron pour le soir.

Il n’y a point de frottoir aux maisons du côté de la forêt.

J’ai le malheur d’en habiter une, et par conséquent le chagrin d’aller chier dehors, ce qui me fâche, parce que j’aime chier à mon aise, et je ne chie pas à mon aise quand mon cul ne porte sur rien.

Item, tout le monde nous voit chier ; il y passe des hommes, des femmes, des filles, des garçons, des abbés et des Suisses.

Vous voyez par-là que nul plaisir sans peine, et que, si on ne chiait point, je serais à Fontainebleau comme le poisson dans l’eau.

Il est chagrinant que mes plaisirs soient traversés par des étrons. Je voudrais que celui qui a le premier inventé de chier ne pût chier, lui et toute sa race, qu’à coups de bâton !

Soyez à table avec la meilleure compagnie du monde ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier. Soyez avec une jolie fille ou femme qui vous plaise ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier ou crever.

Ah ! maudit chier ! Je ne sache point de plus vilaine chose que de chier ! Voyez passer une jolie personne, bien mignonne, bien propre; vous vous récriez : « Ah ! que cela serait joli si cela ne chiait pas ! »

Je le pardonne à des crocheteurs, à des soldats aux gardes, à des porteurs de chaise et à des gens de ce calibre-là.

Mais les empereurs chient, les impératrices chient, les rois chient, les reines chient, le pape chie, les cardinaux chient, les princes chient, les archevêques et les évêques chient, les généraux d’ordre chient, les curés et les vicaires chient.

Avouez donc que le monde est rempli de vilaines gens!

Car enfin, on chie en l'air, on chie sur la terre, on chie dans la mer. Tout l'univers est rempli de chieurs, et les rues de Fontainebleau de merde, principalement de la merde de Suisse, car ils font des étrons gros comme vous, Madame.

Si vous croyez baiser une belle petite bouche avec des dents bien blanches, vous baisez un moulin à merde. Tous les mets les plus délicieux, les biscuits, les pâtés, les tourtes, les farcis, les jambons, les perdrix, les faisans, le tout n’est que pour faire de la merde mâchée. »

La réponse de Sophie de Hanovre !

Outrée, Sophie ? Mais non !! Elle répond sur le même ton, faisant remarquer à sa nièce son « plaisant raisonnement de merde ».

Sophie rétorque que d’aller à la selle, pour elle, est un plaisir. Avant d’embrayer sur un magnifique exposé sur le cycle de la crotte :

« Chier est la plus belle, la plus utile et la plus agréable chose du monde.

Quand vous ne chiez pas, vous vous sentez pesante, dégoûtée et de mauvaise humeur. Si vous chiez, vous devenez légère, gaie et de bon appétit.

Manger et chier, chier et manger, ce sont deux actions qui se suivent et se succèdent les unes aux autres, et l'on peut dire qu'on ne mange que pour chier, comme on ne chie que pour manger. »


Et encore !