15 anecdotes sur le sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris

Vinaigrette 0
Le sacre de l'Empereur (détail), musée du Louvre - ©bongo vongo / CC-BY-SA Le sacre de l'Empereur (détail), musée du Louvre - ©bongo vongo / CC-BY-SA
Cathédrale Notre-Dame de Paris Cathédrale Festivités Napoléon Ier Joséphine de Beauharnais

Le sacre de Napoléon Ier se déroule le 2 décembre 1804.

Avec Henri VI d’Angleterre, il s’agit du seul souverain sacré à Notre-Dame de Paris !

1 - Pourquoi Napoléon veut une cérémonie de sacre

Napoléon est en fait empereur des Français, depuis le 18 mai 1804, suite à un décret du Sénat et un référendum populaire.

Mais s’il veut organiser une cérémonie du sacre, c’est pour marquer une cassure, après la longue tradition du sacre des rois de France.

Le peuple l'a nommé empereur, hé bien, il faut qu'il s'impose face à l'Europe entière en digne successeur de Charlemagne !

Pour ça, rien de tel qu'un sacre à Paris, en présence du pape. Chose qui n'était pas arrivée en France depuis Louis VII, en 1131...

2 - Pourquoi à Paris ?

Napoléon, du haut de ses 35 piges, ne veut pas d’un sacre banal dans la cathédrale de Reims (ce n'est pas un roi Capétien).

Non, Paris, c’est parfait ! On pense à un moment au Champ-de-Mars, mais à cause du temps maussade, on pense que l'évènement va virer à la gadoue.

A noter qu'on a d’abord pensé à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, pour marcher dans les pas de Charlemagne (ce fut la capitale de l’empire) ou Lyon, où il pense installer son gouvernement.

3 - Il fait un froid terrible !

Il fait très froid, dans l’immense cathédrale. Dehors, le soleil ne perce pas l’épaisse couche de nuages gris.

Le bulletin météo de ce jour dit : « Ciel très couvert, vent nord, brouillard, température -3 degrés. »

« Le froid a terriblement fait souffrir les assistants, surtout les dames, qui ne peuvent échapper au mal, du fait de la légèreté de leur vêtement et de ce que le cérémonial ne leur permettait point de se couvrir d'un châle comme elles le font autrement. Il faisait si froid, surtout dans cette immense cathédrale, que même les hommes n'y tenaient plus. »

(Rutger Jan Schimmelpenninck)

4 - Notre-Dame de Paris est dans un état lamentable

N’imaginez un décorum de fou, une cathédrale magnifique, toute pimpante pour abriter le sacre.

Non, la Révolution a sacrément bien amoché Notre-Dame, en 1793... en 1804, les restaurations n’ont toujours pas été faites.

On a blanchi les murs à la chaux. Percier et Fontaine, les architectes impériaux, ont caché la misère en dissimulant la cathédrale derrière des décors éphémères.

Des drapeaux pris à l'ennemi à Austerlitz finissent de masquer le délabrement.

Pourtant, 15 000 personnes se pressent dans la cathédrale !

5 - Un fou rire imprévu

Napoléon arrive du palais des Tuileries avec 1 h de retard, escorté par un cortège et une foule immense (500 000 âmes) : un carrosse doré tiré par 8 chevaux isabelle, suivi par 10 000 hommes.

Petit moment marrant pour le couple : les panneaux de la voiture sont en glace, « le fond ressemblait beaucoup au-devant ».

Ce qui fait que Napoléon et Joséphine, en grimpant dedans, se trompent de côté et s’assoient sur le devant.

Joséphine s’en rend compte. Les deux commencent à pouffer en échangeant un regard complice...

En plus un petit rayon de soleil perce les nuages et la brume pour éclairer la voiture à ce moment-là ! Waouh.

6 - La mule du pape

A 9h du matin, le cortège du pape s’avance vers la cathédrale.

Les Parisiens rigolent. Pourquoi ?

Le nonce Spéroni doit encadrer le cortège, censé chevaucher une mule blanche, comme le veut la tradition.

On n’a trouvé... qu’une ânesse grise, louée au dernier moment par Caulaincourt et Rémusat 67 francs !

7 - Pie VII a tout subi, ce jour-là

Après 10 ans de tourmente révolutionnaire, une foi catholique piétinée et remplacée par des croyances païennes, Bonaparte avait rétabli le culte catholique, avec le Concordat de 1801.

Le pape Pie VII signe ce Concordat, en 1801. Tout va bien, alors... pas vraiment !

En 1802, les liens entre Napoléon et Pie se tendent un brin... à cause de la promulgation de 77 articles, tendant à soumettre l’Église française au pouvoir civil et la rendre très peu dépendante de Rome !

Espérant une renégociation de ces articles, le pape accepte de venir sacrer Bonaparte.

Il rentrera bredouille…

Pire, Napoléon fait occuper Rome et les Etats pontificaux sont réunis à l’Empire, en 1809. Pie est enlevé et emprisonné à Fontainebleau, entre 1812 et 1814.

8 - La vacherie des belles-sœurs de Joséphine

Les belles-sœurs de Joséphine sont chargées de tenir sa lourde traîne de 20 m de long.

Elles détestent la femme de leur frère, mais elles la détestent, vous n'avez pas idée... Pauline, la soeur préférée de Napoléon, appelle Joséphine « la vieille ».

Alors que Joséphine entre dans la cathédrale, les vilaines sœurs corses tirent sur sa traîne pour la retenir en arrière et lui faire perdre l’équilibre !

9 - Napoléon se sacre lui-même

Voui, vous avez bien entendu : Napoléon se sacre lui-même, sous le regard absent du pape Pie VII.

Pourquoi ? Pour montrer que son pouvoir ne dépend de personne d’autre que de lui-même, tiens. Il tient son pouvoir non pas de Dieu, mais du peuple, qui l'a élu empereur !

Et si on vous dit ce n’était absolument pas prévu, c'est faux ! Tout a été soigneusement planifié avec l'entourage pontifical.

Prévu ou pas, le pauvre Pie VII fait de la figuration, fixant d'un oeil morne l'empereur se couronnant.

Un empereur qui refuse aussi de communier, à la dernière seconde, et modifie complètement le cérémonial traditionnel du sacre. Toujours dans l'optique de se démarquer des rois de France...

10 - La phrase qui tue !

« Ah, Joseph... si notre père nous voyait ! » murmure Napoléon, ému, à son frère aîné, une fois couronné empereur. Certains diront qu’il prononce la phrase en corse...

11 - La musique du sacre

Plus de 400 musiciens et choristes remplissent les deux côtés de la nef, le jour du sacre.

Napoléon a fait appel au Français jean-François Le Sueur (directeur de la chapelle impériale des Tuileries) et l’Italien Giovanni Paisiello (compositeur italien préféré de Napoléon), pour composer la musique du sacre.

Mais quelques semaines avant la cérémonie, Paisiello quitte Paris, laissant les répétitions en plans : ses collègues lui auraient fait mauvais accueil !

Le Sueur prend la relève.

12 - Des kilos de vêtements... lourds à porter !

On a les détails dans les Mémoires de Constant, 1er valet de chambre de Napoléon.

Le jour du sacre, l'empereur se lève à 8 h et Constant l’habille. Un costume avec :

« Bas de soie brodés en or, avec la couronne impériale au-dessus des coins ; brodequins de velours blanc lacés et brodés en or ; culotte de velours blanc brodée en or sur les coutures ; avec boutons et boucles en diamants aux jarretières ; la veste aussi de velours blanc brodée en or, boutons en diamants ; l’habit de velours cramoisi avec parements en velours blanc brodé sur toutes les coutures, fermé par-devant jusqu’en bas, étincelant d’or.

Le demi manteau aussi cramoisi, doublé de satin blanc couvrant l’épaule gauche et rattaché à droite sur la poitrine avec une double agrafe en diamants. »

C’est à Notre-Dame que Napoléon mettra sur ses épaules le lourd manteau en velours cramoisi doublé de satin blanc et d’hermine, d’un poids de 80 livres, soit... 36 kg !

4 dignitaires doivent le porter.

Constant dit qu’une fois rentré du sacre, Napoléon se dépêche d’enlever tout ce bazar, en soufflant « Enfin, je respire ! »

13 - Le sacre a failli ne pas avoir lieu pour une histoire de mariage

La veille du sacre, dans la nuit du 2 décembre 1804, catastrophe !!

Joséphine, paniquée, avoue en confession à Pie VII qu’elle n’a jamais été mariée religieusement à Napoléon.

Le pape, chafouin, refuse de les sacrer si tout n’est pas en règle au plus vite !

Napoléon, colère, doit organiser un mariage religieux express.

Le 2 décembre, donc, quelques heures seulement avant le sacre, l'archevêque Joseph Fesch (l'oncle de l'empereur) unit les deux tourtereaux, dans la chapelle des Tuileries.

14 - Les erreurs du tableau de David

Sur l’immense tableau du peintre David, au Louvre, cherchez l'erreur ! Tout ce que vous y voyez ne correspond pas à la réalité.

• Pie VII bénit la cérémonie, alors que Napoléon se couronne tout seul, lui et Joséphine.

• On voit la daronne Bonaparte, tout sourire : Laetizia Ramollino. En réalité, elle n’est pas venue. Elle désapprouve de tout coeur le mariage et le couronnement de son fiston !

Laetizia demande tout de même au peintre de lui donner la place d’honneur, sur la toile...

• Joséphine a 42 ans, mais regardez : elle paraît toute jeune fille. David fait en réalité poser une de ses filles !

• Le cardinal Caprara, debout aux côtés du pape Pie VII, est en fait malade, ce jour-là.

Plus tard, il demandera à David de cacher sa calvitie sous une perruque, indique Jean Tulard !

• David a représenté l’ambassadeur d’Istanbul, alors qu’il n’a pas eu le droit de rentrer dans la cathédrale, étant musulman...

15 - Comment réagit le peuple ? Il s'en fout !

Dès le lendemain du sacre, Paris se retrouve inondée de pamphlets, des bons mots se moquant de la cérémonie :

• « Napoléon empereur des Français » devient l'anagramme de « Ce fol Empire ne durera pas un an »

• Le jour de son sacre, « Bonaparte se tenait sur son trône, couvert, debout (de boue) et sans glands (sanglant). »

• Les limonadiers vendant leurs boissons autour de l'église, criant : « Orgeat, limonade, marrons glacés, pistache (Pie se tache) »

En fait, la cérémonie du sacre n'a plu à personne. Le peuple a remarqué le rôle de grand absent confié à Pie VII et reproche à Napoléon la dépense folle de 9 millions de francs.


Et encore !