« Madame se meurt, madame est morte ! » Les dernières heures d'Henriette d'Angleterre à Saint-Cloud

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La mort de Madame par Auguste Vinchon (1842) La mort de Madame par Auguste Vinchon (1842)
Domaine national de Saint-Cloud Château

Madame, comme on la surnomme, meurt à 26 ans, le 30 juin 1670, au château de Saint-Cloud.

De quoi est morte la belle-soeur de Louis XIV ? Enquête !

Qui es-tu, Henriette d'Angleterre ?

Double sang royal !

Henriette est une princesse franco-anglaise, Stuart par son père, Bourbon par sa mère.

Il s'agit de la fille du roi d’Angleterre Charles Ier et d’Henriette-Marie de France, sœur de Louis XIII !

Ce qui fait d’elle :

• la nièce de Louis XIII ;

• la cousine germaine de Louis XIV, mais aussi sa belle-sœur, par son mariage avec Philippe d’Orléans, son frangin efféminé ;

• la petite-fille d’Henri IV, par sa mère ;

• la bisaïeule de Marie Stuart...

Pfiou, ça va, vous suivez ?

Une enfance mouvementée

Henriette n’a pas eu une jeunesse facile...

Son père s'est fait décapiter en 1649, l’Angleterre alors ravagée par une guerre civile où on veut abolir la monarchie. Sa mère devient une reine déchue. Elle n'est plus personne.

Alors la petite Minette, comme la surnomme son frère, revient en France pour grandir au milieu des humiliations de la Cour, avec une mère fantôme, un frère qui tente de reconquérir son trône anglais.

Enfermée dans un couvent parisien, seule, son enfance triste lui semble sans fin. Son avenir tellement incertain, les angoisses tellement présentes !

Quand enfin son frère devient roi sous le nom de Charles II d'Angleterre, en 1660, Henriette peut briller à nouveau, à la cour de Versailles.

Henriette et Louis XIV amants ?

Louis XIV, son beau-frère, redécouvre sa cousine.

Et bientôt, tout le monde à la cour est au courant qu'Henriette et Louis font la bête à deux dos.

Pour tromper son monde, la belle suggère à son amant de se trouver une favorite toute innocente, comme alibi : voilà Louise de La Vallière qui fait son apparition !

On connaît la suite : Louis XIV finit par tomber amoureux de son alibi...

De quoi est morte Henriette ?

C’est de retour d’un voyage diplomatique auprès du roi son frère, en Angleterre, qu’Henriette commence à se sentir mal.

Un malaise, puis des douleurs aiguës, juste après avoir siroté un verre de chicorée.

La pauvre agonise pendant deux longues heures.

A 26 ans, le 30 juin 1670, vers 2h du matin, elle meurt au château de Saint-Cloud.

Mais quel mal a emporté la princesse ?

On sait que 8 grossesses, dont plusieurs fausses couches, ont fragilisé Henriette.

L’autopsie évoque « une puanteur horrible » venue de l’estomac, des intestins gangrenés, de la bile partout dans la cavité abdominale, d’où les maux d’estomac et l’impression de feu jusqu’à la gorge qu'a ressenti Henriette avant de mourir.

On conclut à une péritonite suraiguë et fulgurante... qu’on ne sait pas soigner à l’époque.

Des doutes, un mystère planent !

Sauf que la mort de la princesse est jugée suspecte, car beaucoup trop brutale et inattendue.

On parle d’empoisonnement : les douleurs surviennent à peine la dernière goutte de chicorée absorbée !

L’auteur du crime ? On murmure le nom du chevalier de Lorraine, l’amant de son mari (le frangin efféminé de Louis XIV), qu’Henriette avait chassé de la cour.

Je vous explique : un certain Effiat, le jour-même de la mort d'Henriette, entre en douce dans son antichambre, au château de Saint-Cloud.

Il y avait observé plus tôt qu’une armoire contenait un pot de porcelaine rempli de chicorée... hop, quelques gouttes de poison, ni vu, ni connu !

Effiat se fait prendre par le garçon de chambre, à qui il raconte qu’il crevait de soif, qu'il passait par là et qu'il a vu le broc, point barre !

Le chevalier de Lorraine aurait en fait ramené le poison d’Italie, pour qu'Effiat le verse dans la chicorée...

Oui, mais attendez une minute !

La grande amie de la princesse, Mme de La Fayette, écrit dans son Histoire de Mme Henriette d’Angleterre que celle-ci s’est plainte plusieurs jours avant de mourir de douleurs à l’estomac et au côté. Et de préciser qu’elle avait l’air patraque...

Madame se meurt ! Madame est morte !

Le grand Bossuet, l’orateur à la mode, écrit l’oraison funèbre d’Henriette, qu'il doit prononcer pendant les funérailles d'Henriette, à la basilique Saint-Denis.

En tant que directeur de conscience de Madame, c'est lui aussi qui assiste à son agonie, au château de Saint-Cloud, pendant cette nuit horrible de douleurs et de gémissements sourds...

Bossuet clame sa peine dans cette oraison pleine d'émotion, qui roule sous les voûtes de la basilique, devant un public muet.

Une phrase est restée célèbre : « Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup comme un éclat de tonnerre cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! »

Les derniers mots d'Henriette

D'une main, Henriette repose la tasse de chicorée sur la soucoupe, et de l’autre, elle se serre les côtes : « Ah ! quel point dans le côté ! ah ! quel mal ! je n’en puis plus ».

Toute courbée, pâle comme la mort, elle lutte contre la mort. On l’aide à se mettre au lit. Des grosses larmes roulent sur ses joues.

Dans deux heures, tout sera fini...

Sa sépulture à Saint-Denis

On inhume Henriette dans la basilique Saint-Denis, où sa tombe est toujours visible.

Son coeur repose aux côtés de 45 autres « reliques » de princes de sang, à l'abbaye du Val-de-Grâce.

Quid de son mari, Philippe d'Orléans ?

Philippe, veuf à 30 ans, profite de sa liberté tant qu'il en a encore l'occasion. Son rêve ? Son fantasme ? Qu'on fasse revenir son amant, le chevalier de Lorraine !

Tope là, à condition qu'il épouse une princesse allemande.

Chose faite en 1761, à Metz : l'heureuse élue s'appelle Elisabeth-Charlotte de Bavière, la célèbre Palatine !


Et encore !