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Adrien Proust, confinement et passeport sanitaire avant l'heure

Quand : 1874 - 1890

Adrien Proust (Laure Brouardel, 1891) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0
Maison Epidémie Maison natale d'Adrien Proust

Rendez-vous à Illiers, devant la maison natale d’Adrien Proust, grand médecin hygiéniste, père du célèbre Marcel.

Le théoricien du confinement et du passeport sanitaire !

Sources : La défense de l'Europe contre le choléra (A. Proust, 1892) / Traité d’hygiène (A. Proust, 1881).

Qui est Adrien Proust ?

Adrien Proust naît à Illiers-Combray (28), le 18 mars 1834. Fils et petit-fils d’épiciers.

Il épouse en 1870 Jeanne Weill et ont deux enfants, Marcel, le futur écrivain et Robert, un chirurgien.

Le CV d’Adrien est plutôt bien rempli, voyez plutôt : professeur à la chaire d’hygiène de la faculté de médecine de Paris, médecin-chef à l’Hôtel-Dieu de Paris, inspecteur général des services sanitaires internationaux.

En 1907, l’instance qu’il avait tant voulue voit le jour : l’Office international d’hygiène publique, l’ancêtre de l’OMS !

Son combat contre les maladies

Son combat débute avec la quatrième pandémie de choléra, entre 1863 et 1875, qui touche l’Europe du Nord puis la France, l’Afrique du Nord et encore l’Amérique du Sud.

La première pandémie apparaît en 1817 à Calcutta, la dernière entre 1899 et 1923. Celle-ci touche l’Asie à l’Europe, en excluant les Amériques.

Adrien Proust va s’intéresser à la propagation des maladies dans les transports, surtout maritimes.

En 1874, il fait part de l’idée d’un cordon sanitaire (le terme existe depuis plusieurs décennies) qui protégerait la France, grâce à un système de lazarets (établissements de mise en quarantaine) pour les malades.

Puis viennent les idées de passeport sanitaire, de confinement et de quarantaine (qu’il appelle « séquestration »).

S'il n'est pas l'inventeur des deux derniers concepts, il a le mérite de les avoir remis à jour !


Maison natale du Dr Proust

Maison natale du Dr Proust | ©Eric HOUDAS / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Le passeport sanitaire

C’est une réponse à la 5e l’épidémie de choléra (1881-1896).

Nous voilà revenus en 1890, à la frontière des Pyrénées. Afin d’empêcher la propagation du choléra d’Espagne en France, le ministre de l’Intérieur publie une circulaire, dans laquelle il demande aux préfets de remettre aux voyageurs un passeport sanitaire.

Un passeport sanitaire ? À cette époque, il désigne le détenteur qui est immunisé, c’est-à-dire sans symptômes, mais qui devait rester sous observation.

Ajoutez à cela la création de postes sanitaires à la frontière espagnole, toujours « pour empêcher l’importation du choléra en France. »

La marche à suivre : « Retenir les suspects et les malades pour les isoler ; désinfecter ce qui était ou pouvait être contaminé ; l’isolement et la désinfection, dans ces cas, donnent une garantie presque absolue. »

Les malades isolés sont soignés, les autres peuvent repartir.

On signale aux autorités « les diverses localités françaises où se rendaient les voyageurs, de façon qu’ils fussent soumis à une surveillance médicale pendant le temps qui correspond à l’incubation du choléra. L‘application du système de passeport sanitaire était pour nous une source de renseignements qui devait nous permettre d’agir vite et efficacement. »

Ceux qui ne se soumettent pas aux règles sanitaires encourent des peines. Certains voyageurs ont effectivement… de faux passeports !


Allégorie du choléra morbus

Allégorie du choléra morbus | ©Wellcome Collection / Public domain

Aération, confinement et solution désinfectante

Le confinement ! Adrien Proust avait compris « qu'une séquestration rigoureuse, l'interruption des communications par terre ou par mer ont réussi à préserver certains lieux ou certains pays » (Essai sur l'hygiène internationale).

Ses préconisations pour le choléra font étrangement écho à la crise sanitaire liée au Covid-19 que l’on connaît actuellement :

« Lorsque le choléra menace d’envahir un pays, l’autorité doit prescrire des mesures préventives applicables aux localités et aux agglomérations d’individus. Elle doit interdire les foires, les grands mouvements de troupes, ordonner l’isolement dans les hôpitaux. Quant au public, dès que le choléra est apparu quelque part, on doit chercher à éviter tout contact qui n’est pas absolument nécessaire avec les malades qui en sont atteints, isoler ces malades autant que possible, et, comme le principe transmissible réside surtout dans des contages qui, provenant de leurs excrétions, pourront souiller les liquides et corps solides avec lesquels elles sont en contact, la plus grande propreté sera recommandée. »


Propreté ? Mais comment, me direz-vous ? En aérant les pièces, déjà, plusieurs fois par jour !

Ensuite, « ne prendre aucune boisson ni aucune nourriture dans la chambre du malade ; ne jamais manger s’en s’être lavé les mains avec du savon et une solution désinfectante ; se laver fréquemment la figure avec une solution désinfectante. »

Les vêtements souillés ? Hop, dans des « étuves à désinfection » avec vapeur sous pression.

En quarantaine !

Voici la définition qu’Adrien Proust donne de la quarantaine, dans son Traité d’hygiène (1881) :

« On donne le nom de quarantaine au séjour forcé des voyageurs arrivant d’un pays où règne une maladie contagieuse, dans le lazaret ou à bord des vaisseaux, avant de communiquer avec les habitants du pays ou du port où ils veulent entrer. Malgré ce nom de quarantaine, la durée de ce séjour n’atteint jamais ou presque jamais 40 jours. »


Vient la désinfection, avec fumigations de chlore, soufre et jets de vapeur ; les écoutilles ont ouvertes, des ventilateurs sont installés pour aérer tout l’intérieur du bateau, avant de « laver à grande eau » et de recouvrir les murs de peinture à l’huile.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !