Marguerite de Navarre (L. Limosin, 1540) | ©Walters Art Museum / CC0La reine Marguerite de Navarre, on ne la présente plus ! Mère de la célèbre Jeanne d'Albret, grand-mère d'Henri IV... et sœur aînée de François Ier. Grande dame de la littérature, elle est auteure de nombreux recueils de poèmes.
Mais qu'il est donc cruel, cet été 1547, pour Marguerite... C'est au prieuré charentais de Tusson qu'elle apprend la mort de son frère adoré.
Marguerite part au chevet de son frère malade
Son frère adoré, son frère cadet est gravement malade... et Marguerite n'a plus de nouvelles de lui depuis des jours, en ce début de mois de mars 1547 ! Il y a peu de temps, encore, il l'avait réclamée à son chevet, à Rambouillet. Elle était venue, inquiète : mais les médecins, confiants, lui ayant assuré une guérison rapide, elle était repartie.
À présent, Marguerite ne tient plus : elle se décide à quitter sa Navarre pour monter à Rambouillet. Malgré sa santé chancelante... le chemin allait être long !
François Ier (A. Veneziano, 1536) | ©Rijksmuseum / CC0Un arrêt à Tusson, pour se reposer
La voiture de Marguerite s'arrête à Tusson en Charente. Ce doit être une courte halte de quelques jours, histoire de laisser la reine malade se reposer un peu.
Le prieuré médiéval, composé d'une abbaye de dames et d'un clos des hommes, accueille des visiteurs extérieurs. Ils sont logés dans un bâtiment assis contre les remparts de la ville. Marguerite s'y installe avec sa suite, fréquentant l'église du prieuré aujourd'hui disparue.
Mais les nouvelles sont mauvaises. C'est la fin pour le roi... Marguerite, qui a 55 ans, n'est pas en grande forme non plus. Elle doit s'aliter. Le séjour à Tusson, à la base temporaire, va se prolonger... il dure de mars à août 1547 !
Prieuré de Tusson : logis prieural | ©Ybroc / Wikimedia Commons / CC-BY-SAMarguerite apprend la mort de son frère
François Ier était en réalité mort
le 31 mars 1547, dans la grosse tour du château de Rambouillet. Marguerite n'en sait rien.
Personne, dans sa suite, n'a osé la mettre au courant, tant elle semble rongée par l'inquiétude et paraît l'ombre d'elle-même. Sa santé, aussi, inquiète, il faut la ménager... Au prieuré de Tusson non plus, où elle
médite et écrit, personne ne l'a prévenue.
Plusieurs semaines après la mort du roi, elle tombe sur une vieille religieuse un peu dérangée, dans le cloître du prieuré, les larmes aux yeux. La reine de Navarre lui demande l'origine de son chagrin. La femme répond : « Hélas, Madame, c'est votre fortune que je déplore... » À ces mots, Marguerite comprend. Se fige.
Prieuré de Tusson : abbaye des Dames | ©JarnaQuais / Wikimedia Commons / CC-BY-SALa reine de Navarre sombre dans la tristesse à Tusson
Son frère mort, le voyage de Marguerite n'a plus de but ! Elle décide donc de rester à Tusson. Elle se réfugie dans la prière les mois qui suivent. Reste cloîtrée au prieuré. Dépérit. Seule, elle ne veut plus voir personne.
Elle écrit pour atténuer sa peine (Pensées faites un mois après la mort du roi) :
« Tristesse, par ses grands efforts a rendu si faible mon corps qu'il n'a ni vertu, ni puissance. Il est semblable à l'un des morts, Tant que le voyant par dehors, L'on perd de lui la connaissance. [...] Ô mort, qui le frère as dompté, Viens donc par ta grande bonté Transpercer la sœur de ta lance ! »
Un poème composé à Tusson
La reine de Navarre compose La Navire à Tusson, juste après la mort de François Ier. Un poème pour surmonter l'insurmontable, dompter le chagrin.
En voici le début : « Navire loin du vrai port assablée, Feuille agitée de l'impétueux vent, Âme qui est de douleur accablée. »
C'est un dialogue entre l'âme de François, au ciel, et celle de sa sœur, inconsolable. D'ailleurs, le sous-titre évocateur de La Navire est Consolation du roi François Ier à sa sœur Marguerite...
Conclusion
Marguerite de Navarre séjourne à Tusson 5 longs mois : loin de la cour, de l'étiquette, des cérémonies funèbres et des funérailles de son frère.
Il ne lui restait plus que 2 ans à peine à vivre... Marguerite rejoignait enfin son frère le 21 décembre 1549 : elle avait 57 ans.
Sources
Jean-Pierre DuteilMarguerite de NavarreÉditions Ellipses, 2021
Pierre DuhamelMarguerite de NavarreSociété des Écrivains, 2009
Patricia LojkineMarguerite de NavarreÉditions Perrin, 2021


