7 choses à savoir sur le magistrat-poète Lefranc de Pompignan

De 1763 à 1784

Lefranc de PompignanLefranc de Pompignan | ©GuydeT / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Partons à la rencontre, dans son château de Pompignan, du magistrat-poète touche-à-tout, père naturel de la célèbre Olympe de Gouges !

1 - Touche-à-tout !

Né à Montauban en 1709, Jean-Jacques Lefranc de Pompignan est l’aîné des 7 enfants de Jacques Lefranc, premier président de la cour des Aides.

La famille a des origines paysannes, mais elle a acquis la noblesse de robe, figurez-vous.

Après des études de droit, Lefranc se fait nommer avocat général à la Cour des aides, en 1730, il a 21 ans.

En marge de son activité, il s’adonne à sa passion, la poésie.

Mais c’est un vrai touche-à-tout : il traduit en français des œuvres anglaises et des classiques grecs, tout en s’intéressant à l’archéologie !

2 - C’est le père naturel de la célèbre Olympe de Gouges

Oui, tout juste ! La femme de lettres militante révolutionnaire, auteure des Droits de la femme et de la citoyenne !

Olympe naît le 7 mai 1748 à Montauban. Officiellement, elle est la fille de Pierre Gouze, maître boucher de Montauban et d’Anne Olympe Mouisset.

Mais des liens unissent les Lefranc de Pompignan et les Mouisset... Jacques Mouisset, le grand-père d’Olympe, a été le précepteur de Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, sa grand-mère la nourrice du frère de Jean-Jacques.

Et Jean-Jacques, qui a 5 ans de plus qu’Anne, n’est autre que le parrain de celle-ci ! En fait, ils grandissent ensemble.

Château de PompignanChâteau de Pompignan | ©Didier Descouens / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

3 - Le discours qui tue !

En 1737, à Montauban, Lefranc de Pompignan prononce un discours virulent (Discours sur l'Intérêt public) à la Cour des Aides.

Le speech au vitriol déplaît au roi et lui vaut un exil à Aurillac, pendant 6 mois.

Effectivement... Lefranc y évoque les misères du peuple !

4 - Voltaire l’a humilié

Lefranc a 25 ans, quand il écrit sa première tragédie en cinq actes, Didon, représentée pour la première fois en 1734 à Paris.

C’est un gros succès, on la joue 14 fois de suite ! Aussi, il pond une nouvelle pièce, Zoraïde. Un succès, tout pareil...

Voltaire, jaloux, accuse Lefranc d’avoir pompé son histoire sur son Alzire : il fait même suspendre les répétitions.

Les comédiens obligent ensuite Lefranc à procéder à des changements.

Outré, il préfère retirer son manuscrit et le détruire !

Cour des Aides, MontaubanCour des Aides, Montauban | ©Krzysztof Golik / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

5 - Lefranc se ridiculise avec un seul discours

En 1759, il est élu à l’Académie française. La consécration, le rêve absolu !

Mais dans son discours d’intronisation, en 1760, il attaque une partie de l’assistance en critiquant la philosophie. Quelle mouche l’a piqué, ça…

En tous cas, c’est un tollé ! Les insultes et les critiques violentes claquent parmi l’assemblée, surtout Voltaire, qui va le ridiculiser dans une série de pamphlets mordants.

Humilié, Lefranc ne se montrera plus jamais à l’Académie...

Didon (1766, imprimé à Amsterdam)Didon (1766, imprimé à Amsterdam) | ©Rijksmuseum / CC0

6 - Son château et sa bibliothèque

Lefranc se retire dans son domaine de Pompignan en 1763.

On y trouve le château familial qu’il fait entièrement reconstruire (la bâtisse actuelle), là où il va passer le reste de ses jours.

Louis XV érige sa terre en marquisat : c’est là qu’il devient marquis et ajoute Pompignan à son nom de Lefranc.

Il y installe une bibliothèque de 26 000 livres, aujourd’hui conservée à la bibliothèque de Toulouse, mais aussi trois bustes de César, Auguste et Agrippa trouvés à Cahors, au 15e siècle.

Quand je vous disais qu’il était archéologue dans l’âme…

Il modernise aussi la petite cité de Pompignan, fonde un hospice pour les malades et finance l’éducation des enfants.

Bibliothèque des théâtres (P.-L. de Belloy, 1810) rapporte :

« Dégoûté de tant de tracasseries, M. de Pompignan rentra dans la plus profonde retraite et l’étude le consola de toutes ses disgrâces. Il passait le plus de temps qu’il lui était possible à sa terre, qu’il embellissait avec autant de goût que de soin. Il rebâtit l’église de Pompignan, qui avant cette époque, ressemblait plus à une grange. Son château était devenu une espèce de muséum, par la réunion précieuse des plus beaux monuments des arts. Il y avait formé un superbe cabinet de Médailles, qu’il augmentait encore chaque jour des richesses qu’il pouvait découvrir en ce genre et qui étaient restées éparses ou enfouies. Une collection d’antiques, de vases étrusques jointe à beaucoup d’autres curiosités non moins rares, acquises à Paris dans le cours de ses voyages, achevèrent de rendre son cabinet intéressant et digne de l’attention de tous les connaisseurs. Sa bibliothèque avec tous ses assortiments était un des plus beaux lieux de l’Europe. De superbes galeries accompagnaient tout l’édifice, qui eût pu devenir un célèbre lycée, si le maître, moins livré aux anciens, eût été plus accessible aux modernes. Il était cependant très exact à ses correspondances à l’amitié et à tous ses devoirs, mais à cela près, il vivait avec ses livres et ignorait pour ainsi dire la société. Il parlait comme il écrivait, purement, sagement, avec dignité mais avec force. »

7 - Lefranc aux Catacombes

Saviez-vous que l'on trouve une inscription, sur l'un des murs des Catacombes, à Paris… signée Lefranc de Pompignan ?

Il a adapté des versets des prophéties d’Ézéchiel et de l’Ancien Testament :

« Écoutez ossements arides, Écoutez la voix du Seigneur. Le Dieu puissant de nos ancêtres Qui d’un souffle créa les êtres, Rejoindra vos nœuds séparés. Vous reprendrez des chairs nouvelles La peau se formera sur elles ! Ossements secs, vous revivrez. »

Conclusion

Lefranc meurt au château de Pompignan le 1er novembre 1784, en ayant (parait-il) soufflé ces mots :

« Je pardonne de bon cœur, sans restriction, et dans la plénitude de mon âme, à toutes les personnes qui m’ont si amèrement affligé. »

Le membre des sociétés savantes de Toulouse Émile Vaisse résume :

« Lefranc de Pompignan, jugé sans prévention, fut un poète de talent, un magistrat de caractère et un homme de bien. »

Source

  • Emerand Forestié. La société littéraire de l’ancienne académie de Montauban (seconde édition). 1888.