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17 anecdotes sur le radeau de la Méduse

Quand : 2 juillet 1816

Révolte d'une partie de l'équipage du radeau | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0
Musée Naufrage Musée de la Marine de Rochefort

Le musée de la Marine de Rochefort abrite la réplique grandeur nature du radeau de la Méduse... de quoi évoquer le terrible destin de ce bateau, en 17 anecdotes !

Sources : Les grands naufrages, drame de la mer (H. de Noussanne, 1908) / Le magasin pittoresque (vol. 27) / Naufrage de la frégate La Méduse (A. Corréard, J.-B. Savigny, 1817) / La Méduse (D. Le Brun, 2021) / Les zhéros de l’Histoire (C. Portier-Kaltenbach, 2010).

1 - Le lieu du naufrage

Il a lieu le 2 juillet 1816 au large des côtes de la Mauritanie, sur des rochers du banc d’Arguin, entre le cap Blanc et le cap Timiris, proches du Sénégal.

Un lieu redouté des marins : la baie est formée de bancs de sable couverts par quelques mètres d’eau...

La côte se trouve alors à 80 km.


Banc d'Arguin, Mauritanie

Banc d'Arguin, Mauritanie | ©Kokopelado / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

2 - La mission qui envoie la Méduse au drame

En 1816, après la défaite de Napoléon à Waterloo, les Anglais rendent aux Français leurs comptoirs au Sénégal, dans le cadre du traité de Paris.

Le gouvernement envoie alors des soldats et des civils pour reprendre possession de ces terres, avec à leur tête, le nouveau gouverneur du Sénégal Julien Schmaltz.

Le 17 juin 1816, La Méduse quitte donc l’île d’Aix pour le Sénégal, accompagné d’une corvette, d’un brick et d’une flûte, L’Écho, L’Argus et la Loire.

3 - Combien y-a-t-il de passagers ?

La Méduse transporte 395 personnes, dont :

  • l’équipage comprenant 167 hommes d’équipage ;
  • 160 soldats pour la colonie ;
  • le reste des passagers qui sont des civils, fonctionnaires ou encore scientifiques.


Comme pour le Titanic, il n’y a que… 6 canots de sauvetage !


Réplique du radeau, Rochefort

Réplique du radeau, Rochefort | ©Patrick Despoix / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

4 - Le capitaine... est un zéro fini

Le capitaine de la Méduse s’appelle Hugues Duroy de Chaumareys. Il a 51 ans, il n’a pas navigué... depuis 25 ans.

Il commence sa carrière en 1778, mais tout s’arrête à la Révolution.

Il choisit d’émigrer, revient en France en 1795 avec le débarquement royaliste de Quiberon, un fiasco.

Capturé, il s’évade de prison, retourne en Angleterre puis revient en France en 1804, pour devenir percepteur.

En 1814, il est réintégré dans la Marine, mais le retour de Napoléon met de nouveau fin à sa carrière.

Au retour de Louis XVIII, il insiste lourdement pour obtenir de naviguer.

Il le fera, ce sera avec la Méduse, pistonné par un oncle amiral, copain du comte d’Artois frère du roi

Après un mensonge, aussi : il se rajeunit d’un an, les officiers de 50 ans n’ayant pas le droit de commander un bateau !

Et ce qui devait arriver arriva, sur la Méduse : le capitaine paraît avoir tout oublié de la navigation et boit toute la journée !

5 - L’entêtement arrogant du capitaine (encore lui !)

Dès le départ, le capitaine distance rapidement ses collègues et se retrouve seul.

Seul aussi à bord avec les marins et coéquipiers qui le détestent tous : c’est un noble royaliste qui n’a plus navigué depuis belle lurette et ses officiers sont d’anciens soldats napoléoniens...

Bonjour l’ambiance ! Il n’écoute personne. Car on est près du banc d’Arguin, terrible obstacle tant redouté des marins aguerris.

Il se trompe sur la distance qui les sépare de ce banc (à cause de cartes vieilles de plus de 60 ans), et bien sûr, en pleine après-midi, ce 2 juillet, la Méduse rase les hauts-fonds au lieu de passer au large, et c’est le drame.

La Méduse s’échoue sur un banc de sable à une cinquantaine de kilomètres des côtes… à marée haute et avec une mer d’huile.

On peut encore redresser la situation, mais les opérations sont mal coordonnées, jusqu’à ce qu’une tempête explose l’arrière du bateau. Il faut évacuer !


Le Radeau de la Méduse (T. Géricault, 1819)

Le Radeau de la Méduse (T. Géricault, 1819) | ©Larry Koester / Flickr / CC-BY

6 - Un radeau bien trop petit

La Méduse est couchée sur le flanc. Les 6 canots ne peuvent contenir que la moitié des occupants. Il faut un radeau.

On coupe les mâts, on arrache les planches, les cordages, dans la panique, la hâte. Les pièces sont mal assemblées, les proportions à peine calculées.

L’équipage construit un radeau de 20 mètres sur 12, soit près de 140 mètres carrés. Au début, c’est pour y entreposer du matériel, afin d’alléger le bateau qui commence à couler.

151 personnes entassées dessus, imaginez ! Ils ont de l’eau jusqu’aux genoux, et ils sont tellement nombreux, qu’ils doivent rester debout collés les uns aux autres.

Chacun dispose d'à peine 1 mètre carré.

« L’eau nous venait alors jusqu’au genou et par conséquent nous ne pouvions reposer que debout serrés les uns contre les autres pour former une masse immobile », rapporte Naufrage de la frégate La Méduse (A. Corréard, J.-B. Savigny, 1817).

On entasse des vivres sans bien les accrocher. Il est 7 heures du matin, le 5 juillet, on part...

7 - Une histoire de cordes coupées

Les marins prennent place sur le radeau. Les officiers prennent, eux, place dans les rares canots de sauvetage, Duroy le premier... alors que le commandant est censé quitter son bateau naufragé le dernier !

On relie le radeau aux canots de sauvetage avec des cordes, en espérant le remorquer jusqu’aux côtes mauritaniennes.

Les occupants du radeau demandent à ce que les canots prennent 20 d’entre eux, sans quoi ils vont couler. Ils répondent qu’eux aussi sont trop chargés.

« Les canots crurent d’après un mouvement que nous fîmes sur eux que le désespoir nous avait suggéré l’intention de les couler et de couler avec eux. Les canots, pour nous éviter, coupèrent les cordes qui les attachaient ensemble, et à pleines voiles, s’éloignèrent de nous. Au milieu de ce trouble, la corde qui remorquait le radeau se rompt aussi, et cent cinquante hommes sont abandonnés au milieu des eaux, sans aucun espoir de secours. »
Naufrage de la frégate La Méduse (A. Corréard, J.-B. Savigny, 1817)

8 - Des irréductibles sur l'épave !

17 hommes, soldats et marins, restent sur l’épave de la Méduse, refusant de la quitter, croyant pouvoir être secourus et estimant leur chance de survie plus élevées.

3 seulement seront trouvés en vie en septembre suivant, soit 45 jours après le naufrage. Ils ont eu des vivres et du vin, seule l’eau a manqué.

Quand on les retrouve, une partie du pont de la Méduse se trouve encore au-dessus de l’eau.

« Les trois hommes étaient âgés. Ces malheureux avaient perdu l’usage de la raison. C’était trois squelettes », raconte Relation complète du naufrage de la frégate La Méduse en 1816.


Plan du radeau de la Méduse

Plan du radeau de la Méduse | ©The British Library / Public domain

9 - Combien de temps sur le radeau ?

Les 151 hommes passent 13 jours sur le radeau, soit du 4 au 17 juillet 1816.

10 - La réplique de Rochefort

Il s’agit de la reproduction du radeau construite en 2014 pour les besoins d’un téléfilm, La Machine, la véritable histoire du radeau de la Méduse (diffusé sur Arte).

Il a exactement les mêmes dimensions que l’original !

De quoi se faire une bonne idée de l’enfer sur mer qu’ont connu les rescapés de la Méduse...

11 - Massacre au sabre

Le 6 juillet, soit la 2e nuit, les hommes fatigués et paniqués surchauffent.

Quelques-uns, ivres en permanence, délirent et veulent détruire le radeau en coupant les cordes qui unissent les morceaux de bois.

Armés de haches, il commence déjà à attaquer. Les sous-officiers armés de sabre en tuent un.

Bientôt, au milieu du choc des vagues, ce sont près de cent hommes qui se jettent dessus, à coups de sabre, de couteaux... ceux qui n’ont pas d’arme se mordent jusqu’à arracher des fragments de chair, se griffent.

On compte 65 morts ! En plus, les deux barils d’eau douce sont tombés à la mer.


Sauvetage des survivants du radeau (T. Géricault, 1818)

Sauvetage des survivants du radeau (T. Géricault, 1818) | ©Art Institute of Chicago / CC0

12 - Le terrible sort des blessés

Le 11 juillet, soir le 7e jour, on compte 27 survivants. Blessés. Bien amochés. La moitié de ces survivants agonise.

On décide de les balancer à la mer, pour économiser les vivres. Cruelle décision !

« Trois matelots et un soldat se chargèrent de cette cruelle exécution ; nous détournâmes les yeux et nous versâmes des larmes de sang sur le sort de ces infortunés » (Naufrage de la frégate La Méduse d'A. Corréard et J.-B. Savigny, 1817).

Parmi eux, la seule femme du radeau, la cantinière, grièvement blessée à la cuisse...

13 - Cannibalisme !

Les premiers actes de cannibalisme commencent dès le 3e jour, soit le 7 juillet.

Il est vrai que les vivres sont rares, dès le début : 6 barriques de vin, un sac rempli de « 25 livres de biscuit qui avait tombé à la mer, en sorte qu’il ne formait plus qu’une pâte marinée ».

Dès le premier jour, on mélange la pâte de biscuit avec du vin et on en fait 151 parts. La provision est épuisée en un seul maigre repas !

Le 4e jour, on attrape des poissons volants et on les cuit avec un feu allumé « à l’aide d’un briquet et d’un peu d’amadou ». Mais il y a trop peu de poissons pour être rassasié...

Alors… alors on mange les morts (les détails qui suivent sont tirés de Naufrage de la Frégate la Méduse, 1817).

« Les infortunés se précipitèrent sur les cadavres dont le radeau était couvert, les coupèrent par tranches, et quelques-uns mêmes les dévorèrent à l’instant ; beaucoup n'y touchèrent pas, presque tous les officiers furent de ce nombre. Voyant que cette affreuse nourriture avait relevé les forces de ceux qui l'avaient employée, on proposa de la faire sécher, pour la rendre un peu plus supportable au goût. »


Les autres essaient d’avaler des

« baudriers de sabres ; nous parvînmes à en avaler quelques petits morceaux ; quelques-uns mangèrent du linge, d’autres des cuirs de chapeaux sur lesquels il y avait un peu de graisse, ou plutôt de crasse ; un matelot essaya à manger des excréments, mais il ne put y réussir. »


Etude pour le Radeau de la Méduse (T. Géricault, 1818)

Étude pour le Radeau de la Méduse (T. Géricault, 1818) | ©Anna Danielsson - Nationalmuseum / CC0

14 - L'horrible supplice de la soif

Saviez-vous qu'un homme peut survivre 1 mois sans nourriture, mais meurt en seulement 4 jours sans eau ?

Ce supplice, les survivants du radeau l'ont expérimenté. Et le mieux, c'est d'écouter deux d'entre eux, Alexandre Corréard et Jean-Baptiste Savigny, raconter ce cauchemar.

Les détails qui suivent sont tirés de Naufrage de la frégate La Méduse (A. Corréard, J.-B. Savigny, 1817) :

« Une soif ardente nous dévorait ; elle fut telle, que nos lèvres desséchées s’abreuvaient avec avidité de l’urine qu’on faisait refroidir dans des petits vases de fer blanc. [...] M. Savigny a observé que quelques-uns de nous avaient l’urine plus agréable à boire ; il y avait un passager qui ne put jamais se décider à en avaler ; il la donnait à ses compagnons ; elle n’avait réellement pas un goût désagréable ; chez quelques-uns, elle devint épaisse et extraordinairement âcre, elle produisait un effet vraiment digne de remarque c’est qu’à peine l’avait-on bue qu’elle occasionnait une nouvelle envie d’uriner. Nous cherchâmes aussi à nous désaltérer en buvant de l’eau de mer. Tous ces moyens ne diminuaient notre soif que pour la rendre plus vive le moment d’après. »
« On avait aussi trouvé deux petites fioles dans lesquelles il y avait une liqueur alcoolique pour nettoyer les dents, une teinture de gayac, de cannelle, de girofle et autres substances aromatiques, produisait sur nos langues une impression délectable et faisait disparaître pour quelques instants la soif qui nous dévorait. Quelques-uns trouvèrent des morceaux d’étain, qui, mis dans la bouche, y entretenaient une sorte de fraîcheur. »
« Plusieurs de nous, au moyen de petits vases de fer blanc, conservaient leur ration de vin et pompaient dans le gobelet avec un tuyau de plume ; cette manière de prendre notre vin nous faisait un grand bien et diminuait beaucoup plus notre soif que si nous l’eussions bu de suite. L’odeur seule de cette liqueur nous était extrêmement agréable. M. Savigny a observé que beaucoup de nous après en avoir pris leur faible portion tombaient dans un état voisin de l’ivresse. »

15 - Les survivants (il y en a eu !)

Le bateau L’Argus retrouve le radeau au bout de 10 jours, soit le 17 juillet 1816 ; ils ne sont plus que 17 à bord.

Ce sont eux que le peintre Théodore Géricault représente dans sa toile mythique, exposée au musée du Louvre.

5 meurent peu après.

Au final, sur les 151 passagers que comptait le radeau de la Méduse, seuls 7 survivent.


Etudes de Corréard et Savigny pour le Radeau de la Méduse (Géricault)

Etudes de Corréard et Savigny pour le Radeau de la Méduse (Géricault) | ©The Metropolitan Museum of Art / CC0

16 - Deux survivants qui témoignent

Les deux survivants les plus célèbres, Alexandre Corréard et Jean-Baptiste Savigny, publient un mémoire dans le Journal des débats, en 1816, qui dénonce l’incompétence de la marine royale. Le texte fait scandale !

Puis Corréard continue ses études de médecine à Paris et obtient le titre de docteur.

Il prend pour thèse de son examen, en mars 1818, les résultats de son expérience à bord du radeau : Observations sur les effets physiologiques de la faim et de la soif.

Il constate que les hommes, très vite désespérés, paniqués par la tempête, se jettent sur l’alcool.

Ivres morts, ils se battent à mort le 2e jour, puis certains se jettent dans les vagues, puis sombrent dans le cannibalisme…

Avec une conclusion : la soif torture plus que la faim.

Les deux rescapés publient ensuite leur récit du naufrage chez Corréard, qui était entre-temps devenu éditeur et qui avait ouvert sa librairie... à l’enseigne de Au radeau de la Méduse.

17 - Le procès du capitaine

Le conseil de Guerre réuni à Rochefort en février 1817 déclare coupable le capitaine Chaumareys, pour l’échouage de la Méduse.

Il est condamné à être rayé de la liste des officiers de la Marine, et à trois ans de prison pour avoir abandonné la frégate.

Libéré en 1820, il se retire dans son château limousin de Lachenaud, jusqu’à sa mort en 1841.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !